Yvan Lubrany

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Ma religion

Ma religion me dit d’aimer, c’est elle qui m’apprend le respect, elle me suit souvent dans les jours où la colère chasse l’amour de mes pensées

Ma religion reste chez moi, dans la rue vous n’la verrez pas, elle n'aime pas sortir en public, ça doit être son côté laïque… Je connais ça…

Ma religion n’est pas jalouse, mais elle a quelquefois le blues, quand elle commence à dénombrer les guerres que nous avons menées, j’vais me cacher…

Ma religion est fatiguée, de ce qu’on lui fait endurer, elle se souvient qu’elle était née pour apprendre aux hommes à s’aimer, se respecter

J’ai rassuré ma religion, j’lui ai promis de taire son nom, et si l’on me pose des questions, je dirais que ma religion… se repose… en paix.

Prévert

C’était de la craie blanche sur un tableau noir, c’était comme une revanche sur le désespoir

Un oiseau sur la branche qui n’attend qu’un regard : celui d’un écolier qui voudrait s’envoler...

Vite, vite, emmenez-moi loin d’ici sur vos ailes déployées

Je promets de ne jamais vous quitter

C’étaient les feuilles mortes aux pieds des marronniers, dans la cour de l’école je les voyais tourner

Quand le vent les emporte hors de notre portée, c’est un peu notre enfance trop vite envolée...

Vite, vite, emmenez-moi loin d’ici dans un monde bleu et blanc

Sous le vent et son murmure insouciant

Tous ses mots ses histoires je les faisais danser dans ma tête et plus tard sur un bout de papier

C’était Prévert je crois et je ne savais pas qu’après vingt ans déjà je vous chanterai ça...

Vite, vite, emmenez-moi loin d’ici dans un pays de merveilles

Loin du temps, qui passe et m'ensommeille

Loin du temps, qui passe et me surveille

Femme endormie

C'est comme une histoire sans paroles

Un jeu de hasard ou bien de rôles

On se croise à peine on se frôle

Comment trouver ça drôle ?

Bien sûr depuis le temps je sais

Bien sûr depuis le temps tu sais

Nous savons bien ce que l'autre est

Et comment le blesser

FEMME ENDORMIE, SUR TON COEUR MEURTRI

JE DEPOSE UNE FLEUR, COMME UNE EXCUSE A MES ERREURS

Est-ce que le jeu en vaut la chandelle ?

Qui de nous deux est le plus cruel ?

Un mot heureux peut briser ce duel

Mais qui manque à l'appel ?

FEMME ENDORMIE, SUR TON COEUR MEURTRI

JE DEPOSE UNE FLEUR, COMME UNE EXCUSE A MES ERREURS

C'est vrai je trouve ça normal

De rester digne, rester mâle,

Oublie un peu l'homme idéal

Celui qui t'aime te parle

FEMME ENDORMIE, SUR TON COEUR MEURTRI

JE DEPOSE UNE FLEUR, COMME UNE EXCUSE,

COMME UNE EXCUSE... A MES ERREURS.

L'usine

J’ai acheté un pantalon pour faire plaisir à ma gamine

Je l’ai trouvé en promotion pour cinq euros c’est pas la ruine

On peut dormir à la maison, j’ai hypothéqué Rue Belleville

Il nous reste la télévision pour devenir des imbéciles

On peut sortir voir les vitrines même si c’est galère la faillite

Quand ils ont volé nos machines, on connaissait déjà la suite…

Depuis que j’ai quitté l’usine

Y’a rien à se mettre sous la dent

J’me surprends à faire des terrines

Sauf que j’sais pas quoi mett’ dedans :

De la poitrine de Président

et des tripes façon ministère

De la langue de gouvernement,

des morceaux de foies d’actionnaires…

Quand y’a plus rien à l’horizon, que les murs grisés de la ville

La rage emporte la raison vers des solutions trop faciles

On vient d’enterrer Frédéric qu’a préféré la pendaison

On l’aimait bien à la fabrique quand il nous poussait sa chanson

C’était pas l’internationale, on y croit plus depuis longtemps

Mais le travail c’était vital, qu’est-ce qu’on va bien faire maintenant ?

Depuis que j’ai quitté l’usine

Y’a rien à se mettre sous la dent

J’me surprends à faire des terrines

Sauf que j’sais pas quoi mett’ dedans :

De la poitrine de Président

et des tripes façon ministère

De la langue de gouvernement,

des morceaux de foies d’actionnaires…

J’ai acheté un pantalon pour faire plaisir à ma gamine

C’était du cent pour cent coton, fabriqué dans l’Nord de la Chine…

Le premier con qui passe

Un matin, j’ai coloré ma vie

D’un refrain qui fait chanter la pluie

Toutes les pluies, même celles qui tabassent

le premier con qui passe son tour de parapluie

Et j’ai chanté, j’ai chanté, cette chanson perdue

Que j’avais entendue juste au coin de ma rue...

Ce refrain, je l’ai chanté ici

Un matin qui pleurait sur ma vie

Toutes les vies ont ces moments qui cassent

Le premier con qui passe en a sûrement subi

Et j’ai chanté, j’ai chanté, cette chanson perdue

Que j’avais entendue juste au coin de ma rue...

Mais soudain, le vent a balayé

Mon refrain et les feuilles du quartier

Toutes les feuilles à la pelle se ramassent

Le premier con qui passe les pousse avec son pied

Sans espoir, j’allais laisser tomber

Le trottoir ne voulait plus chanter

Mon refrain dont je n’avais plus trace

C’est l’premier con qui passe qui me l’a fredonné...

Et j’ai chanté, j’ai chanté, cette chanson perdue

Que j’avais entendue juste au coin de ma rue...

Shlomo et Salama

Ils sont de cette terre où l’on se fait la guerre

Elle a perdu son frère il a perdu son père

Shlomo et Salama

Elle est de ce pays aux immeubles détruits

Il a grandi ici dans la peur de la nuit

Shlomo et Salama

Il y’a le soleil et la mer

Et tellement d’autres choses à faire

Si l’on y songe un instant

L’amour est au cœur des prières

Quand on les lit à la lumière

De ce qu’elles enseignent vraiment

Elle a mis l’uniforme de l’école de Gaza

Il est dev’nu un homme, a fait sa bar-mitsvah

Shlomo et Salama

Elle a appris par cœur les chansons du Jihad

Il a connu l’odeur et le bruit des grenades

Shlomo et Salama

Il y’a le soleil et la mer

Et tellement d’autres choses à faire

Si l’on y songe un instant

L’amour est au cœur des prières

Quand on les lit à la lumière

De ce qu’elles enseignent vraiment

Elle a fui ses parents qui voulaient la marier

Il a tenu un an avant de déserter

Shlomo et Salama

Sur la route du Nord elle a croisé ses pas

Il a cru tout d’abord qu’elle ne le voyait pas

Shlomo et Salama

Entre le soleil et la mer

Ils ont vu d’autres choses à faire

C’était pour eux un jeu d’enfants

Ils ont gardé de leurs prières

L’espoir, l’amour et la lumière

Qu’ils donneront

Qu’ils donneront

Qu’ils donneront...

A leurs enfants.